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Midterms : pourquoi la victoire démocrate acte aussi le rejet massif de l’IA et des milliardaires

L’IA et la prolifération des data centers outre-Atlantique sont devenus un enjeu central des élections de mi-mandat. Et le message est clair : les Américains refusent de laisser les mastodontes de la tech agir à leur guise.

C’est une première dans l’histoire de la politique américaine. L’intelligence artificielle (IA) et l’implantation massive de ses infrastructures se sont invitées au premier plan du scrutin national lors des élections de mi-mandats, largement remportées par le parti démocrate.

Selon un sondage NBC réalisé à la sortie des urnes, plus de 50 % des électeurs ont affirmé que la question de l’IA et des data centers avait été un facteur déterminant ou majeur dans leur choix de bulletin. Une hostilité claire qui s’est traduite dans les bulletins de vote : le peuple américain ne se range pas du côté de la dérégulation technologique.

Etats Unis Economie
© Vit Onoprienko / Shutterstock.com

Des candidats ouvertement opposés aux data centers

Ce ras-le-bol s’est transformé en rejet systématique. Dans plus de quarante villes et comtés réparties sur une dizaine d’États, des référendums municipaux étaient également organisés pour encadrer ou interdire la construction de nouveaux centres de données. Et le résultat est sans appel : une majorité écrasante de ces consultations populaires a débouché sur l’adoption de moratoires ou de restrictions sévères.

En Ohio, véritable épicentre du secteur où Meta et Amazon prévoyaient d’investir plusieurs milliards de dollars, au moins quinze municipalités ont voté des interdictions pures et simples. D’ailleurs, l’entrepreneur Vivek Ramaswamy, proche d’Elon Musk, y a essuyé une lourde défaite face à la démocrate Amy Acton.

C’est aussi cette vague de contestation qui a porté au pouvoir les candidats démocrates, dont certains avaient fait du frein à l’IA leur principal cheval de bataille. La victoire la plus éclatante vient tout droit du Texas, terre historiquement républicaine, où la démocrate Gina Hinojosa a créé la surprise en devenant gouverneure.

Elle a promis, entre autres, de suspendre immédiatement tous les permis d’aménagement jusqu’à ce que les géants de la tech financent l’intégralité de leur raccordement au réseau. Même son de cloche en Géorgie avec l’élection de Keisha Lance Bottoms, fermement engagée pour stopper la construction des data centers.

Data Center
© Hrach Hovhannisyan / Shutterstock.com

Une course à l’IA qui s’est directement répercutée sur le quotidien des Américains

Car tout est allé très vite. Dès les premières heures de son mandat, début 2025, Donald Trump a donné le ton en abrogeant le décret de son prédécesseur qui encadré la sécurité et la transparence de l’IA. Dans la foulée, le président républicain a déroulé le tapis rouge à l’industrie : accélération des permis d’aménagement fédéraux pour les infrastructures technologiques, exonérations fiscales et dérégulation environnementale.

Lors de ses meetings, il a balayé à maintes reprises les préoccupations des habitants et élus face à la déferlante des data centers, véritables ogres énergétiques nécessaires au fonctionnement des modèles. Son mot d’ordre : ces installations enrichissent aussi bien la population que les États et surtout, ils permettent aux États-Unis d’accélérer pour remporter la course technologique effrénée dans laquelle ils sont engagés face à la Chine.

La réalité s’est avérée bien différente pour les riverains. Car pour alimenter ces supercalculateurs, les compagnies d’électricité ont dû investir massivement dans le réseau. Des coûts de raccordement et d’infrastructure répercutés directement sur les factures résidentielles des Américains.

Dans le même temps, les systèmes de refroidissement des serveurs pompent des millions de litres d’eau potable par jour dans des zones déjà touchées par la sécheresse et génèrent, en parallèle, des nuisances sonores invivables. Mais ce n’est pas tout : les gouverneurs républicains ont fréquemment accordé des exemptions fiscales aux entreprises technologiques, alors même que l’inflation a continué d’exploser.

Elon Musk Trump
© Rawpixel.com / Shutterstock.com

Les géants de la tech punis

Ainsi, les grandes figures de la tech ont essuyé un revers retentissant, Elon Musk en tête. Le patron de SpaceX a dépensé, à lui seul, 445 millions de dollars pour appuyer les républicains. Près de la moitié de cette enveloppe visait à protéger son fief du Texas, terre d’accueil de la plus grande usine Tesla, du complexe Starbase et de ses projets de supercalculateurs. 93 % des financements de son comité d’action politique ont bénéficié à des candidats battus.

Et c’est l’ensemble du modèle économique sur lequel repose le secteur qui est dans le viseur. Selon les estimations de JPMorgan Asset Management, la vague de moratoires votée au Texas, en Ohio ou en Géorgie expose désormais 60 % à 65 % des nouvelles capacités de data centers prévues pour 2028 à de lourds retards ou des blocages administratifs. Des incertitudes qui ont immédiatement fait trembler la Bourse de New York, où les actions des entreprises liées à ces infrastructures ont vu leur cours dégringoler.

Cette dynamique devrait se poursuivre, et elle risque de faire très mal à la Silicon Valley. Les analystes anticipent que d’ici les prochaines élections présidentielles, en 2028, l’encadrement strict des entreprises d’IA et le financement de leurs besoins énergétiques s’imposeront comme un sujet incontournable. Le camp républicain pourrait être poussé à revoir sa copie.

  • Les élections de mi-mandat ont viré au rejet massif de l’IA et des data centers, les électeurs américains ayant voté massivement pour des moratoires régionaux et des candidats démocrates fermement opposés à l’extension incontrôlée de la tech.
  • Cette révolte citoyenne s’explique par l’impact direct du secteur sur le quotidien.
  • 60 % des nouveaux projets de data centers sont menacés d’ici à 2028.

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